Michael R. Bowes, Mark R. Speicher, Lan-Anh T. Tran, Patcho N. Santiago | Année 2023

Médecine de manipulation ostéopathique et son rôle en psychiatrie

Portée:

Psychiatrie

Type d'étude:

Revue systématique

Date de publication de la recherche:

14-10-2023

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But de l'étude

  • Objectif : déterminer si l’OMT est efficace pour traiter les troubles psychiatrique notamment savoir s’il est en mesure d’agir sur les symptômes de dépression et d’anxiété
  • Critères d’évaluation mesurés :
    • Principaux : critère d’évaluation concernant symptômes de dépression et d’anxiété
    • Secondaires : critère d’évaluation concernant les paramètres physiologiques

Méthodes

  • Articles analysés : 19
  • Mots-clés : combinaison des termes suivants, libres ou comme MeSH :
    • osteopathic, osteopathy, osteopathic manipulative medicine, OMM, osteopathic manipulative treatment, osteopathic manipulative treatment associated ;
    • psychiatry, psychiatric, fibromyalgia, psychogenic, psychosomatic, anxiety, depression, ADHD, attention deficit hyperactivity disorder, schizophrenia
  • Critères d’inclusion : études publiées entre 1980 et 2023 ; essais randomisés contrôlés même sans configuration à dite à l’aveugle ; études qui évaluent l’OMT par rapport aux symptômes de dépression et d’anxiété chez les sujets sains ; études qui évaluent l’OMT par rapport aux symptômes de dépression et d’anxiété en cas de plusieurs conditions médicales ; études qui évaluent l’OMT quant aux symptômes de dépression et d’anxiété chez les sujets atteints de pathologies psychiatriques
  • Critères d’exclusion : études sur les pathologies neurologiques et non psychiatriques ; études où les interventions ne sont pas exécutées par des praticiens ; études qui n’incluent pas assez d’individus au recrutement ; études qui n’évaluent pas les critères psychiatriques ; études qui ne répondent pas aux requis mentionnés dans les critères d’inclusion

Caractéristiques des études

  • 4 études sur sujets sains
  • 11 études au sein desquelles on traite les conditions médicales et on mesure les critères d’évaluation secondaires
  • 4 études sur conditions psychiatriques
  • 15 ECR
  • 3 études sans aucune forme « d’aveuglement »
  • 1 étude pré-post
  • chaque étude utilise au moins une technique ostéopathique spécifique
  • quant à la qualité des études, plusieurs études présentent un petit échantillon (nombre de personnes à recruter), sans configuration à l’aveugle, utilisent des échelles d’évaluation qui ne sont pas adaptées ou ne durent pas, sans follow-up 
  • Compte tenu de l’hétérogénéité méthodologique et clinique, il n’est pas possible de réaliser une méta-analyse

Intervenants

  • Nombre pour la plus petite étude : 17 personnes
  • Nombre pour la plus grande étude : 201 personnes
  • Nombre total : 1013 personnes

Interventions et évaluations

  • Évaluation de tout critère d’évaluation relatif aux symptômes de dépression et anxiété par questionnaires dont State-Trait Anxiety Inventory, Beck Anxiety Inventory, Beck Depression Inventory, Hamilton anxiety rating scale, Hospital anxiety and depression scale, Patient-Reported Outcomes Measurement Information System-29, Patient Health Questionnaire-9, Body Satisfaction and Global Self-Perception Questionnaire e Zung Self-Rating Depression Scale
  • Évaluation de marqueurs physiologiques : fréquence cardiaque, pression sanguine, température, alpha-amylose salivaire
  • Évaluation de plusieurs aspects du bien-être par questionnaires : sommeil par Epworth Sleepiness Test ou Pittsburgh Sleep Quality Index, stresse ressenti Self-Perceived Stress Scale, santé générale par SF-12 o SF-36, fonctionnalité dans le TDAH par Biancardi-Stroppa Modified Bell Cancellation Test
  • Plusieurs séances de traitement selon des études :
    • dans les études sur sujets sains, 1 unique séance de traitement ;
    • dans les études sur conditions médicales et psychiatriques, séances dans un laps de quelques semaines voire un an
  • OMT :
    • plusieurs techniques : cervicales, destinées au système nerveux autonome, compression du quatrième ventricule, techniques articulaires, techniques sur les tissus mous, relâchement myofascial, techniques crâniennes, techniques diaphragmatiques
  • Contrôle :
    • OMT sham (traitement fictif), traitement standard, éducation thérapeutique, liste d’attente, aucun traitement

Résultats

  • Critères d’évaluation pour demande de recherche :
    • effets sur symptômes de dépression et anxiété chez les sujets sains :
      • une étude comparant le relâchement myofascial sans intervention relève des améliorations statistiquement significatives de l’anxiété situationnelle, de la fréquence cardiaque et de la pression sanguine systolique dans le groupe OMT par rapport au groupe placebo. À l’inverse, on ne rencontre aucune différence dans les critères d’évaluation de pression sanguine diastolique, de température ou de dépression situationnelle ;
      • une étude comparant l’OMT et le repos  relève une amélioration statistiquement significative des symptômes d’anxiété et d’auto-perception globale dans le groupe OMT par rapport au groupe témoin. Il n’y a aucune différence quant à la satisfaction liée à son propre corps ;
      • une étude sur OMT vs OMT aspécifique vs absence de traitement relève une amélioration statistiquement significative du sommeil dans le groupe OMT par rapport aux deux autres. Il n’y a pas de différences au niveau des symptômes de dépression et de stress ;
      • une étude sur OMT crânien vs traitement sham vs absence d’intervention démontre que chaque traitement augmente l’alpha-amylase salivaire de façon statistiquement significative ;
    • effets sur les symptômes de dépression et anxiété pendant le traitement d’autres conditions médicales :
      • une étude sur la douleur vertébrale met en avant une amélioration de la santé mentale mesurée par SF-12 du groupe OMT par rapport au groupe qui bénéficie du traitement standard ;
      • une étude sur la fibromyalgie ne relève pas de différences au sein des symptômes de dépression ;
      • une autre étude sur la fibromyalgie où l’on compare un traitement multidisciplinaire avec un traitement multidisciplinaire combiné à l’OMT montre une amélioration statistiquement significative des symptômes d’anxiété, de dépression et de la qualité du sommeil après un an de traitement par OMT ;
      • une étude sur le syndrome du côlon irritable montre une amélioration des symptômes d’anxiété et de dépression dans le groupe OMT et dans le groupe OMT sham ;
      • une étude sur le coup du lapin montre une amélioration statistiquement significative de la santé mentale, mesurée par SF-36, dans le groupe OMT ;
      • une étude sur les céphalées de tension comparant trois techniques ostéopathiques (articulaires vs tissus mous vs les deux ensemble) à un groupe témoin montrent des améliorations similaires dans tous les groupes ;
      • une étude sans configuration à l’aveugle sur des patients atteints de sclérose en plaques montre une amélioration statistiquement significative des symptômes de dépression, fatigue et de qualité de vie dans le groupe avec OMT par rapport au groupe se voyant dispenser une éducation thérapeutique ;
      • une autre étude sur la sclérose en plaques comparant rééducation ou rééducation combinée à l’OMT relève des améliorations statistiquement significative des symptômes d’anxiété du groupe OMT ;
      • une étude sur la lombalgie chronique reporte des améliorations statistiquement significatives de symptômes d’anxiété et de dépression dans le groupe OMT incluant des techniques diaphragmatiques par rapport au groupe OMT sham ;
      • une étude sur la douleur chronique post-opératoire en raison d’une opération pour tumeur au sein démontre une amélioration statistiquement significative des symptômes de dépression dans le groupe OMT en comparaison avec le groupe traitement classique ;
      • une étude sur la douleur chronique au cou présente des améliorations statistiquement significatives des symptômes d’anxiété de dépression du groupe OMT en comparaison avec le groupe témoin (liste d’attente) ;
    • effets sur les symptômes de dépression et anxiété dans conditions médicales :
      • une étude sur les enfants atteints de TDAH compare le traitement classique avec le traitement classique combiné à l’OMT et révèle une amélioration statistiquement significative de Biancardi-Stroppa Modified Bell Cancellation Test dans le groupe OMT par rapport au groupe témoin ;
      • une étude chez les femmes atteintes de dépression compare le recours à la psychothérapie et à la pharmacologie avec la physiothérapie, la pharmacologie combinées à l’OMT. Le deuxième groupe montre une amélioration statistiquement significative des symptômes de dépression par rapport au groupe témoin ;
      • une étude sur les adultes présentant un diagnostic d’anxiété montre que l’OMT peut réduire de façon cliniquement significative les symptômes d’anxiété, cependant il n’y a pas de groupe témoin ;
      • une autre étude sur les adultes présentant un diagnostic d’anxiété montre une réduction statistiquement significative des symptômes d’anxiété dans le groupe OMT par rapport au groupe OMT sham

Commentaires

Bien que l’OMT montre pouvoir agir favorablement sur les symptômes d’anxiété et de dépression, il n’est pas possible de réaliser une méta-analyse en raison des différentes limites des études analysées (ex : méthodologie déficiente, petit échantillon, plusieurs instruments d’évaluation pour les critères d’évaluation). De ce fait, il n’est pas possible de répondre aux attentes de la recherche sur l’efficacité de l’OMT sur les symptômes d’anxiété et de dépression chez les sujets sains, présentant des conditions médicales et des conditions psychiatriques.

Parmi toutes les attentes de la recherche, et au vu du nombre ainsi que de la qualité des études, il semble que la meilleure recommandation qu’on puisse faire actuellement est de recourir à l’OMT pour traiter les symptômes d’anxiété et de dépression accompagnant les conditions médicales. Il faut d’autres études pour les conditions psychiatriques, et ces études doivent être de meilleure qualité.

Il faut souligner ici que dans le champ psychiatrique au sens strict, le touche est sujet à grand débat. Le manque d’études sur l’OMT dans ce domaine pourrait s’expliquer par cette controverse. En effet, les psychiatres sont moins nombreux que les médecins à utiliser l’OMT.

La critique Osteopedia

Par Marco Chiera

Forces : bon résumé de chaque étude, de leurs résultats et limites principales.

Limites : il aurait également fallu dans le tableau récapitulatif insérer des données sur l’âge, le sexe et la répartition par groupe expérimental et groupe témoin des participants. Il n’y a pas d’évaluation des limites de la revue systématique en tant que tel (sans lien avec les études incluses).
Comme il s’agit d’une revue systématique, il manque une évaluation structurée du risque de biais pour chaque étude. D’ailleurs, plusieurs passages de la recommandation PRISMA ne sont pas tout à fait respectés ou cherchent à réduire au maximum les biais possibles (par exemple, les articles trouvés tendent à être révisés par deux auteurs et, en cas de controverse, il faut un troisième auteur ; dans ce cas précis, les articles sont d’abord évalués par un unique auteur).
La discussion sur la psychiatrie et le toucher aurait pu être  plus approfondie compte tenu des nombreuses psychothérapies corporelles désormais répandues dans le monde entier.
Au vu des études analysées, il serait utile que les auteurs indiquent plus précisément comment définir les études futures afin d’améliorer l’état de la recherche en ostéopathie.

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