Florian Schwerla, Torsten Hinse, Markus Klosterkamp, Thomas Schmitt, Michaela Rütz, Karl-Ludwig Resch | Année 2020

Traitement ostéopathique de patients atteints de douleur à l’épaule. Un essai contrôlé randomisé pragmatique

Pathologie:

Conditions pathologiques de l'épaule

Type d'étude:

Essai contrôlé randomisé pragmatique

Date de publication de la recherche:

02-07-2020

Image

But de l'étude

  • Objectif : évaluer l’efficacité de l’OMT sur des personnes atteintes de douleur à l’épaule
  • Critères d’évaluation mesurés :
    • Principal : évaluation de l’intensité de la plus forte douleur et de la douleur moyenne ressentie au cours de la semaine précédente par VAS (Visual Analog Scale) et la fréquence de la douleur par échelle de Likert
    • Secondaires : évaluation de la douleur et du handicap spécifiques à l’épaule par SPADI (Shoulder Pain and Disability Index) et de la qualité de vie par questionnaire SF-36

Intervenants

  • Nombre : 70 personnes (39 femmes et 31 hommes, âge moyen de 45,6 ans)
  • Critères d’inclusion : adultes (âge compris entre 25 et 70 ans), durée de la douleur à l’épaule (douleur localisée autour de : articulation gléno-humérale, articulation acromio-claviculaire, articulation sterno-claviculaire ou connexions scapulo-thoraciques) entre 6 semaines et 12 mois, intensité de la douleur pendant la semaine précédant le recrutement d’au moins 40 points sur 100 via VAS.
  • Critères d’exclusion : opération à l’épaule ou au thorax ; fracture à l’épaule, au sternum ou à la clavicule ; luxation de l’épaule au cours des 6 derniers mois ; capsulite adhésive ou épaule gelée ; rupture coiffe des rotateurs ; arthrite rhumatoïde; paralysie périphérique des membres supérieurs ; processus inflammatoires aigus ; néoplasie ; troubles du système nerveux central ; ostéoarthrite de l’épaule au 3ème ou 4ème degré.
  • Groupes d’étude : 2 groupes obtenus par randomisation (stratifiée sur la base des praticiens ayant réalisé l’OMT)
    • Groupe 1 : OMT, 36 personnes (20 femmes et 16 hommes, âge moyen 45,7 ans)
    • Groupe 2 : OMT, 36 personnes (20 femmes et 16 hommes, âge moyen 45,7 ans)
    • Les participants sont recrutés de plusieurs façons, mais ils savent qu’ils vont recevoir un traitement ostéopathique.

Interventions et évaluations

  • Évaluation de l’intensité de la douleur la plus forte et de la douleur moyenne ressentie la semaine passée par VAS (0 = aucune douleur ; 100 = douleur la plus sévère possible), de la fréquence de la douleur par échelle Likert (5 choix, autrement dit : jamais, rarement, occasionnellement, souvent, tout le temps) et de la douleur et du handicap propres à l’épaule par SPADI
    • Le groupe OMT est évalué en début de chaque visite, 2 semaines après la dernière visite et après 8 semaines
    • Le groupe de contrôle est évalué lors de la première visite et au bout de 8 semaines
  • Évaluation de la qualité de vie par questionnaire SF-36
    • Le groupe OMT est évalué à la première visite, à la 4ème semaine, à la 10ème semaine et après 8 autres semaines
    • Le groupe témoin est évalué à la première visite et au bout de 8 semaines
  • 5 séances d’OMT toutes les deux semaines d’une durée de 40-60 minutes
  • OMT : évaluation ostéopathique standardisée à la recherche de dysfonctionnements somatiques pour définir un traitement personnalisé
    • Pour chaque participant, on utilise les techniques que les praticiens estiment les plus adéquates
  • Liste d’attente : pendant l’étude, les personnes ne reçoivent aucun type de traitement. Après 8 semaines, une fois que le groupe OMT a fini les traitements ostéopathiques, les personnes du groupe témoin reçoivent l’OMT
  • OMT réalisé par 3 ostéopathes (Heilpraktiker avec 6 ans d’étude en ostéopathie et examen final clinique)
  • Les participants ont la possibilité de consommer des médicaments pour gérer la douleur à l’épaule en cas de besoin

Résultats

  • Critères d’évaluation principaux : tandis que le groupe de contrôle ne montre aucune différence entre le début et la fin d’étude, le groupe OMT relève une diminution statistiquement significative de la douleur (aussi bien de la plus sévère douleur que de celle moyenne ressentie au cours de la semaine passée) entre la première et dernière séance. Pendant la période de follow-up, le groupe OMT démontre une tendance  à la baisse continue de la douleur.
    Quant à la fréquence de la douleur, dans le groupe OMT 33 participants observent une amélioration, alors que 3 participants ne montrent aucun changement. Par contre, au sein du groupe témoin, 8 participants présentent une amélioration alors que 26 n’ont observé aucune modification. Ces divergences de résultats entre groupe OMT et groupe témoin sont statistiquement significatives.
  • Critères d’évaluation secondaires : la douleur et le handicap propres à l’épaule mesurés par SPADI ont baissé de façon statistiquement significative dans le groupe OMT aussi bien entre la première et dernière séance qu’en comparaison avec le groupe témoin.
    Concernant la composante physique (ex : la douleur, activités quotidiennes) de la qualité de vie, les deux groupes assistent à une amélioration statistiquement significative, bien que le groupe OMT ait présenté une plus grande amélioration. Entre les deux groupes, il n’y a pas de différences quant à la composante mentale (ex : niveau de stress).
  • Analyses supplémentaires : la baisse d’intensité de la douleur est évaluée par chacun des 3 ostéopathes. À partir de cette analyse, il apparaît que les trois ostéopathes ont induit la même baisse de douleur à l’épaule chez leurs patients.
    L’examen ostéopathique relève des dysfonctionnements somatiques surtout au niveau du diaphragme respiratoire (70% des participants), de la colonne dorsale (67% des participants) et des articulations gléno-humérale et acromio-claviculaire. Il n’y a pas d’effets indésirables pendant l’étude, si ce n’est un peu de fatigue reportée occasionnellement le jour du traitement.

Commentaires

L’OMT génère des améliorations statistiquement significatives mais surtout cliniquement significatives au niveau de la douleur à l’épaule. Ces améliorations persistent même à dessiner une tendance à la hausse après la fin d’étude. Le SPADI et le questionnaire SF-36 confirment ces résultats obtenus par la simple évaluation de la douleur, consolidant ainsi l’utilité d’une approche ostéopathique basée sur la diffusion de la santé et non sur la répression d’un symptôme.

Chez les 3 ostéopathes, l’analyse stratifiée démontre une homogénéité dans leur approche et leur efficacité.

Le groupe de contrôle observe une prolongation de la douleur au cours des 8 semaines d’étude, démontrant la chronicité du problème et confirmant le bon choix des critères d’inclusion et d’exclusion. Les limites d’âge et de durée en lien avec la douleur permettent en effet d’exclure la possibilité de facteur confusionnels : par exemple, des personnes présentant une possible dégénérescence articulaire due à l’âge ou des douleurs aiguës qui auraient pu changer leur caractère spontané pendant l’étude, altérant ainsi les résultats (ex : biais de régression vers la moyenne). Ensuite, on peut exclure un effet négatif du fait d’être sur liste d’attente puisque les séances gratuites étaient déjà établies en fin d’étude pour les participants.

Malheureusement, il n’a pas été possible de récolter de façon adéquate les médicaments consommés par les participants au cours de l’étude. De plus, comme les participants voulaient personnellement recevoir le traitement ostéopathique, on ne peut pas exclure les effets dues à l’attente de résultat (bien qu’il s’agisse d’un effet propre à la pratique réelle) ou « biais de confirmation » quant à l’évocation d’une baisse de la douleur.

La critique Osteopedia

Par Marco Chiera

Forces : traitement personnalisé comme dans la réalité clinique quotidienne ; calcul de la taille d’échantillon (combien de personnes recruter) par données obtenues à partir d’études passées et définies dans le critère d’évaluation principal soit l’intensité de douleur ; description précise de la section Matériels et méthodes ; bonne introduction ; analyse de sensibilité chez 3 ostéopathes pour relever des possibles différences ; discussion précise sur les résultats, avantages et limites de l’étude.

Limites : absence de groupe témoin avec traitement sham qui permettrait d’exclure la composante physiologique placebo ; absence de collecte précise et analyse d’une éventuelle consommation de médicaments par les participants.

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