Pierre Barral, Shahnaz Klouche, Nathalie Barral, Yves-Pierre Lemoulec, André Thés, Thomas Bauer | Année 2020

La thérapie manipulatrice ostéopathique préopératoire atténue la douleur postopératoire et réduit la consommation d’oppioïdes après arthroplastie totale de genou: une étude comparative prospective

Pathologie:

Arthroplastie totale de genou

Type d'étude:

Essai contrôlé

Date de publication de la recherche:

01-07-2020

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But de l'étude

  • Objectif : évaluer les effets de l’OMTh sur la douleur et l’usage d’opiacés après l’arthroplastie totale du genou
  • Critères d’évaluation mesurés:
    • Principal : douleur au genou au repos après 1 mois par Visual Analog Scale (VAS) allant de 0 à 100
    •  Secondaires : douleur au genou pendant la marche après 1 mois par VAS, douleur moyenne au genou dans le premier mois par l’intermédiaire de VAS, douleur nocturne et consommation de somnifères, opiacés ou morphine au moins une fois par semaine au cours du premier mois, score International Knee Society (IKS) et indice Western Ontario and McMaster University Osteoarthritis (WOMAC)

Intervenants

  • Nombre : 70 personnes (47 femmes et 23 hommes)
  • Critères d’inclusion : arthroplastie totale du genou unilatérale par gonarthrose n’ayant pas subi de chirurgie au préalable
  • Critères d’exclusion : antécédent de chirurgie du genou opéré avec arthroplastie ; nécessité d’arthroplastie bilatérale ; refus de recevoir l’OMTh
  • Groupes d’étude : 2 groupes non randomisés
    • Groupe 1 : gestion préopératoire avec OMTh, 35 personnes (23 femmes et 12 hommes, moyenne d’âge 73,9 ans)
    • À l’origine 41 personnes, mais 2 sont perdues au cours du follow-up et 3 sont exclues de l’analyse
    • Groupe 2 : gestion préopératoire traditionnelle, 35 personnes (24 femmes et 11 hommes, moyenne d’âge 74,6 ans)
      • À l’origine il y a 40 personnes, mais 5 sont exclues de l’analyse
      • Les scores IKS inhérents à la douleur et à la fonctionnalité du genou sont moins bons dans le groupe 1 par rapport au groupe 2 au début de l’étude

Interventions et évaluations

  • Évaluation 1 mois après la chirurgie de la douleur au genou au repos et pendant la marche par VAS
  • Évaluation chaque semaine durant le premier mois suite à l’opération de la douleur moyenne du genou via VAS
  • Évaluation au cours du premier mois de l’existence d’une douleur nocturne et de la consommation de somnifères, opiacés ou morphine au moins une fois par semaine
  • Évaluation 6 et 12 mois après la chirurgie par score IKS et indice WOMAC
  • 2 sessions d’OMT (3 semaines et 1 semaine avant l’arthroplastie)
  • OMTh:
    • Lors de la première visite, mobilisation rythmique des articulations corporelles par manipulations à long bras de levier
    • Lors de la seconde visite, relâchement myofascial selon l’ordre suivant cheville, jambe, membranes interosseuses, genou, hanche et bassin
  • OMTh réalisé par un ostéopathe formé en dehors des États-Unis

Résultats

  • Critère d’évaluation principal : 1 mois après l’arthroplastie, le groupe avec OMTh reporte une douleur au genou au repos 3 fois inférieure de façon statistiquement significative à celle du groupe avec gestion préopératoire traditionnelle (6,8 contre 20,9).
  • Critères d’évaluation secondaires : 1 mois après l’arthroplastie, le groupe avec OMTh indique une douleur au genou pendant la marche environ 3 fois inférieure de façon statistiquement significative à celle du groupe avec gestion préopératoire traditionnelle (7,9 avec 23,5). De la même façon, la douleur moyenne perçue chaque semaine du premier mois au niveau du genou s’avère inférieure dans le groupe avec OMTh, une fois encore de façon statistiquement significative.

Pendant la première semaine post-chirurgie, le groupe avec OMTh manifeste un nombre plus faible, de façon statistiquement significative, de personnes consommant des dérivés de morphine et d’analgésiques par rapport au groupe sans OMTh. Dans les semaines restantes, aucune différence n’apparaît comme le nombre de personnes ayant recours aux somnifères ou ressentant une douleur nocturne au moins une fois par semaine ne diverge pas. Quant aux scores IKS et WOMAC, on ne note pas de différences statistiquement significatives ni à 6 mois ni à 12 mois après l’intervention, malgré une série d’évaluations en faveur de l’OMTh (ex : le score WOMAC concernant la difficulté à exécuter l’activité quotidienne se montre moins bon dans le groupe sans OMTh).

  • Ultérieures analyses : dans le groupe avec OMTh la douleur au genou au repos, mais non pendant la marche, s’avère inférieure de façon statistiquement significative le jour précédent l’intervention comparativement au moment précédant le début de la gestion préopératoire avec OMTh.

Commentaires

L’OMTh démontre de pouvoir réduire la douleur postopératoire au genou aussi bien au repos que pendant la marche, soutenant ainsi une plus faible consommation d’analgésiques, bien qu’il ne semble pas influencer la capacité fonctionnelle à 6 et 12 mois après la chirurgie.

Toutefois, la diminution de la prise d’opiacés est un résultat notable étant donné « l’épidémie » d’opiacés survenue au cours des dernières années. L’OMTh peut présenter ces effets grâce à une action directe sur la circulation sanguine et sur le drainage lymphatique de l’inflammation au genou. De futures études pourront être faites en essayant de comparer l’OMTh avec un traitement fictif (sham).

La critique Osteopedia

Par Marco Chiera

Forces: résultats intéressants et cliniquement significatifs quant au décroissement de la douleur par OMTh, et la baisse de la consommation d’opiacés qui en résulte (ces derniers tendent à altérer l’équilibre hormonal en créant un cercle vicieux car ils favorisent la perception de la douleur et poussent donc à en consommer davantage) ; calcul de la taille d’échantillon (combien de personnes à recruter) basé sur la possibilité de relever une amélioration clinique pour le critère d’évaluation principal ; l’usage d’un OMTh standardisé permet sa reproductibilité dans d’autres études.

Limites : il manque la description de la gestion préopératoire traditionnelle ; il manque la description des questionnaires utilisés ; l’échantillon est peut-être trop petit pour remarquer les différences significatives dans les notations IKS et WOMAC ; l’utilisation d’un OMTh standardisé est loin de la pratique clinique, où s’opère un traitement individualisé. On effectue seulement une analyse statistique per-protocol (soit uniquement avec ceux qui suivent le traitement à la lettre), ce qui pourrait surestimer les effets de l’OMTh (il faudrait aussi une analyse intention-to-treat qui considère toutes les personnes incluses dans l’étude soit 81 personnes). Par ailleurs, l’analyse follow-up des scores IKS et WOMAC implique seulement, respectivement, 62 et 48 personnes.

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