Maiwen Habchi
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29/08/2022 - Dernière mise à jour 14/03/2023

Donald R Noll, Brian F Degenhardt, Thomas F Morley, Francis X Blais, Kari A Hortos, Kendi Hensel, Jane C Johnson, David J Pasta, Scott T Stoll | Année 2010

Efficacité de la manipulation ostéopathique comme traitement additif pour les patients hospitalisés en raison d’une pneumonie

Pathologie:

Pneumonie

Type d'étude:

Essai contrôlé randomisé multicentrique

Date de publication de la recherche:

19-03-2010

Image

But de l'étude

  • Objectif : évaluer les effets du traitement manipulateur ostéopathique (OMT) comme traitement adjuvant pour la pneumonie
  • Critères d’évaluation mesurés:
    • Principaux : durée de l’hospitalisation en jours, temps pour atteindre la stabilité clinique, état de récupération fonctionnel et symptomatique
    • Secondaires : durée des antibiotiques oraux ou par voie intraveineuse, résultats du traitement, taux de nouvelles hospitalisations à 60 jours, température corporelle journalière maximale, fréquence respiratoire journalière maximale, globules blancs, effets indésirables

Intervenants

  • Nombre : 387 personnes (213 femmes et 174 hommes)
  • Critères d’inclusion: âge ≥ 60 ans ( âge ≥ 50 ans 10 mois après le début de l’étude), hospitalisés en raison d’une pneumonie avec l’apparition d’une nouvelle infiltration pulmonaire à la radiographie du thorax et deux des critères suivants : apparition ou augmentation de la toux, fièvre supérieure à 38°C, douleur pleurétique, de nouveaux signes rencontrés pendant l’examen du torse, fréquence respiratoire supérieure à 25 respirations par minute, état mental ou fonctionnel en détérioration, globules blancs supérieurs à 12.000 cellules par m³
  • Critères d’exclusion : pneumonie nosocomiale, abcès pulmonaire, fibrose pulmonaire avancée, bronchectasie, tuberculose pulmonaire, néoplasie pulmonaire, métastase maligne, pathologies osseuses métaboliques non contrôlées, présence de fractures vertébrales ou aux côtes, fractures antérieures dues à une pathologie, insuffisance respiratoire
  • Groupes d’étude : trois groupes obtenus par randomisation
    • Groupe 1 : soins standard associés à l’OMT, 130 personnes (71 femmes et 59 hommes, moyenne d’âge 73,8 ans)
    • Groupe 2 : soins standard associés au traitement fictif (sham), 124 personnes (69 femmes et 55 hommes, moyenne d’âge 74,6 ans)
    • Groupe 3 : soins standard, 133 personnes (73 femmes et 60 hommes, moyenne d’âge 72,8 ans)
    • À quelques exceptions près, les groupes ne diffèrent pas d’un point de vue démographique et clinique (ex : comorbidité)

Interventions et évaluations

  • Évaluation de la gravité de la pneumonie mesurée au moment de l’admission en utilisant le pneumonia severity index
  • Évaluation de la durée d’hospitalisation en tant que différence entre les dates de sortie et d’admission
  • Évaluation du temps pour arriver à une stabilité clinique comme le jour où les critères suivants sont atteints :
    • Pression sanguine systolique plus basse ≥ 90mmHg
    • Fréquence cardiaque plus élevée ≤ 100 battements par minute
    • Fréquence respiratoire plus élevée ≤ 24 respirations par minute
    • Température maximale ≤ 38°C
    • Saturation d’oxygène plus basse ≥ 90%
    • Capacité à se nourrir par la bouche ou à l’aide d’un tube
    • Capacité à se nourrir par la bouche ou à l’aide d’un tube
    • État mental avant pneumonie
  • Évaluation de l’état de récupération symptomatique et fonctionnel au travers d’un questionnaire validé en lien avec les cinq symptômes suivants : toux, dyspnée, production d’expectorations, douleur pleurétique et fatigue
    • évaluation à l’admission, puis par téléphone, 14 jours, 30 jours et 60 jours après l’admission (période de follow-up)
  • Évaluation des effets indésirables comme rapport de la gravité et de la typologie de douleur musculaire, détérioration de la respiration ou autres effets adverses
  • Toutes les personnes reçoivent les soins standard pour la pneumonie
  • 2 sessions par jour d’OMT ou traitement sham de 15 minutes (espacés d’au moins 6heures) jusqu’à :
    • sortie, arrêt d’antibiotiques, insuffisance respiratoire, mort ou abandon de l’étude
  • OMT : dans l’ordre, techniques sur les tissus mous thoracolombaires, soulèvement des côtes, relâchement myofascial de la coupole du diaphragme, techniques sur les tissus mous prévertébraux, relâchement de la musculature sous-occipitale, relâchement myofascial du passage du thoraco-brachial, techniques de drainage lymphatique thoracique et de réflexologie plantaire
    • pour les zones non traitées, techniques différentes des thrust pour une durée globale de moins de 5 minutes
  • Traitement sham : toucher léger modelé sur l’OMT (mêmes régions, même séquence, même durée) mais sans activer de réponses biomécaniques, circulatoires ou lymphatiques (déplacer les mains toutes les 5 secondes, utiliser des zones de contact proches de celles de l’OMT, appliquer des pressions plus fortes vers le lit, éviter les pressions concentrées avec les mains)
  • Protocole administré par 24 ostéopathes spécialisés en médecine neuro-musculosquelettique et 64 médecins ostéopathes
    • phase d’entraînement pré-étude sur un patient standardisé

Résultats

  • Critères d’évaluation principaux : l’analyse globale ne relève pas de différences statistiquement significatives entre les différents groupes. En excluant en revanche les personnes qui, avec le temps, ne rentrent plus dans les critères d’inclusion/exclusion, le groupe avec l’ajout d’OMT montre une plus forte réduction de la durée d’hospitalisation par rapport au groupe comportant uniquement les soins standard (en moyenne, 3,5 jours contre 4,5 jours) mais pas comparativement au groupe recevant le traitement sham.
    Une sous-analyse par âge démontre qu’une baisse de la durée d’hospitalisation se vérifie : avec l’OMT, aussi bien pour les personnes ayant plus de 50 ans que pour celles en ayant plus de 60 ans ; avec le traitement sham, seulement pour les personnes âgées de plus de 60 ans.
  • Critères d’évaluation secondaires : l’analyse générale ne révèle pas de différences statistiquement significatives entre les différents groupes. En excluant les personnes qui, avec le temps, ne rentrent plus dans les critères d’inclusion/exclusion, le groupe avec OMT présente une plus grande réduction de la durée de consommation d’antibiotiques par voie intraveineuse, moins de morts (0% contre 10%) et d’insuffisance respiratoire (1% contre 7%) ainsi qu’une fréquence respiratoire plus basse en comparaison avec le groupe présentant uniquement les soins standards, mais non par rapport au groupe recevant le traitement sham.
    Quant aux effets indésirables, on remarque notamment des courbatures et douleurs, surtout dans le groupe avec OMT, mais seule une personne se retire de l’étude en raison desdits effets. Dans le groupe avec OMT, on dénote trois effets indésirables sévères mais n’étant pas liés à l’OMT.
  • Analyses ultérieures : une bonne partie des personnes n’est pas sûre de savoir à quel groupe elle appartient, mais environ la moitié des personnes parvient à deviner le groupe dans lequel elle se trouve.

Commentaires

Les analyses indiquent que suivre correctement l’OMT (par exemple, participer à toutes les sessions) comporte des bénéfices de types divers (durée d’hospitalisation, consommation d’antibiotiques et comorbidités graves) en cas de pneumonie, très probablement avant tout grâce à la mobilisation induite par le traitement (l’immobilisation est un facteur majeur de risque de mortalité en cas de pneumonie).

Étant donné que le groupe avec le traitement sham arbore des résultats intermédiaires par rapport aux autres groupes, on peut conclure que l’OMT doit son efficacité aux questions généralement liées au toucher et à celles liés en revanche aux techniques spécifiques utilisées. Ceci est vrai surtout pour les personnes plus jeunes.
Il faut des études évaluant les effets de l’OMT réalisé même après la sortie, surtout car : les antibiotiques continuent d’être administrés après la sortie ; par rapport au passé, l’hospitalisation pour pneumonie a drastiquement diminué (de 2 semaines en moyenne dans les années 90 à 5 jours en 2010) ; différentes personnes ont été « perdues » à leur sortie (ex : elles ne répondent plus au téléphone) empêchant ainsi d’évaluer correctement la récupération de l’état symptomatique et fonctionnel.

La critique Osteopedia

Par Marco Chiera

Forces : description très détaillée des interventions (OMT et traitement sham), pour les rendre reproductibles ; phase d’entraînement avant l’étude ; description détaillée des critères d’évaluation mesurés ; discussion approfondie des résultats, des forces et des limites.
Calcul de la taille d’échantillon (combien de personnes recruter) sur la base de précédentes études ; évaluation de l’aveuglement des personnes recrutées (c’est-à-dire si elles comprennent ou non à quel groupe elles appartiennent).
Analyses statistiques appliquées selon soit en intention de traiter (intention-to-treat ; toutes les personnes sont incluses dans l’analyse) soit per-protocol (on exclut les personnes qui ne respectent plus les critères d’inclusion/exclusion).

Limites: recourir à un traitement standard éloigne de la pratique clinique de l’OMT en tant que traitement personnalisé ; au vu de la réduction de la durée d’hospitalisation en cas de pneumonie, le temps de l’étude peut être trop bref pour évaluer les différences effectives entre les interventions ; beaucoup des sessions OMT sont réalisés par des étudiants d’ostéopathes.

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